Nourriture terrestre

 

Pour subvenir à ses besoins, le poëte compte sur son oeuvre. C’est là sa contribution majeure à l’humanité et il est légitime que celle-ci le nourrisse. A cette évidence s’oppose toutefois une donnée majeure : la poésie est aujourd’hui perçue comme un truc globalement chiant, certes pas méchant mais globalement chiant quand-même. Très rare sont ceux qui en lisent, et quand bien même certains y sont occasionnellement contraints — dans le cadre d’une scolarité par exemple — les lectures se portent systématiquement sur les classiques, jamais sur les contemporains. De ce fait les éditeurs refusent catégoriquement de publier tout ce qui s’apparente à des vers, une évidence qui place malheureusement le poëte dans la merde.

Des voies heureusement ont été ouvertes par nos prédécesseurs. Aucune n’est à rejeter en soi : soutien de la famille et des amis (par alternance), minima sociaux, vols… Même un passage à la rue peut-être une expérience enrichissante. Je signale toutefois qu’au sein des littérateurs français, une méthode a été largement usitée : elle consiste à devenir fonctionnaire, puis à enchaîner les arrêts-maladies. Les meilleurs savent d’ailleurs qu’une fois convoqué par la médecine de travail, il convient de se faire interner préventivement. Ainsi, tous les arguments sont en votre faveur et vous basculez tranquillement dans l’inaptitude (jusqu’à quatorze ans de pension plein pot, d’autres avant nous ont bien tafé).

Si l’intermède de vous a pas suffit à vivre de la poésie, repassez le concours et recommencez le cycle autant de fois que nécessaire.

 

 

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